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Depuis la fin des années 1960, Jackie Winsor (artiste américaine, née au Canada en 1941) réalise des sculptures qui étendent le vocabulaire de l’art minimal, utilisant des matériaux simples et partant du motif de la grille pour questionner les notions de travail et de processus.

Son œuvre, qui se développe dans les années 1970 en réaction à l’art minimal, a d’abord été qualifiée de « post-minimale », d’« Anti-Form » ou « d’art processuel ». Marquée par son histoire personnelle, la pratique de Winsor s’établit en effet à la croisée du minimalisme qui domine la scène new-yorkaise de cette époque et du féminisme. Elle maintient une géométrie élémentaire et un principe de symétrie mais substitue aux matériaux et méthodes industrielles des matières naturelles et le fait-main.

Ainsi que le décrit Lucy Lippard, « ses matériaux sont des planches de contreplaqué ou de pin, de la corde et de la ficelle, des briques, des lattis, des clous et des arbres. Avec eux, elle crée des objets compacts, naturels et d’une physicalité simple, sans prétention, mais formellement intelligents dans leur tension entre matériau et processus, processus et résultat. (…) Winsor déclare que ses préoccupations principales sont ‘la répétition, le poids, la densité et la nature inaltérée des matériaux utilisés’. J’ajouterai l’échelle, le caractère obsessif, la temporalité, la naturalité et une réaction physique quasi-sensuelle (…). La répétition dans le travail de Winsor ne se réfère pas à la forme, mais au processus : c’est la répétition d’une unité matérielle qui compose finalement une forme unifiée et unitaire (…). L’ordre donné, la géométrie, sont toujours contredits dans son travail par des actions ou la nature des matériaux utilisés, par les dispositions propres des matériaux ou par le processus de travail. Beaucoup d’artistes femmes travaillant avec la géométrie et la répétition (…) arrivent à leurs propres pratiques en utilisant un cadre orthonormé pour mieux le contredire. »

Depuis les années 1970, Winsor fait également usage du hasard et d’éléments performatifs pour déterminer le résultat final de son travail de sculpture. Ainsi, par exemple, lorsqu’elle fait exploser un cube patiemment recouvert de 20 000 clous pour mieux le reconstituer ensuite, ou lorsqu’elle attache à l’arrière d’une voiture une pièce préalablement peinte de cinquante couches d’acrylique pour la traîner sur la route.

Avec la série des « insertions » murales, commencée dans les années 1990, elle semble faire allusion au régime pictural, mais explore la création d’un « espace négatif ». Et, à l’instar des « découpes » dans des bâtiments de Gordon Matta-Clark, avec qui elle devient amie aux débuts des années 1970, les « fenêtres » de Winsor ouvrent dans le mur un vide qui interroge l’espace dans lequel elles sont exposées.

En 1979, le MoMA lui offre une première exposition personnelle d’importance, avant la rétrospective itinérante organisée par le Milwaukee Art Museum de 1991. En 1997, P.S.1 à New York inaugure son espace rénové en invitant Winsor à y exposer et, plus récemment, en 2014, une exposition personnelle lui a été consacrée par le Aldrich Contemporary Art Museum de Ridgefield, Connecticut. L’exposition du MAMCO offre un panorama de sa pratique sculpturale en réunissant des œuvres des années 1960 à nos jours.

  • Organisée par Lionel Bovier, l’exposition a bénéficié du concours de la galerie Paula Cooper à New York
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