Le Cabinet de poésie concrète du MAMCO, présent dans sa collection depuis 2017, constitue le point de départ de cette exposition organisée en collaboration avec le Kunsthaus Biel Centre d’art Bienne (KBCB). Articulé autour de la figure centrale de Mirella Bentivoglio (1922–2017), le projet souligne le rôle déterminant de cette artiste, autrice, collectionneuse et curatrice dans l’essor d’une poésie visuelle critique et communautaire. Dès les années 1970, elle est l'une des premières à organiser des expositions collectives d'artistes exclusivement féminines, dont Materializzazione del Linguaggio, présentée en marge de la Biennale de Venise de 1978 — un manifeste pour une féminisation du langage et une réappropriation de ses codes, inscrit dans le contexte très politisé de l'Italie féministe de l'époque.
C’est par le langage que Bentivoglio s’attaque aux fondements de la culture patriarcale. Consciente que l’alphabet et la grammaire ont été façonnés par des siècles de domination masculine faisant du genre masculin la norme par défaut, elle entreprend, avec ses consœurs, de les fragmenter, de les réorganiser et de se les réapproprier. Leur démarche, à la fois militante, esthétique et conceptuelle, opère une dissection minutieuse de la langue et une libération du mot de son sens figé. Ce « sabotage » de précision implique souvent le corps, de nombreuses artistes utilisant leur propre image pour incarner les nouveaux systèmes qu’elles élaborent.
L’exposition Mirella Bentivoglio : Sabotages se déploie en deux temps. La première partie réunit les œuvres de Bentivoglio par thèmes — autoportrait, jeu avec le langage, négation, conjonction, symboles — où elle réindexe les signes avec ironie : mots disséqués pour leurs doubles sens, poèmes sculptés, lettres E et O isolées pour leur potentiel de lien, d'inclusion ou de séparation. La seconde partie élargit le propos au réseau d’artistes soutenu par Bentivoglio. Elle explore l’écriture au-delà du mot à travers les graphies symboliques, la dénonciation de la « silenciation » (Tomaso Binga), le piratage de l’écrit (Maria Lai, Elisabetta Gut), les alphabets gestuels (Ketty La Rocca) ou les signes incarnés (Ilse Garnier). Autant de pratiques qui transforment un idiome contraint par les injustices de genre en un matériau de (dé)construction, ouvrant la voie à de nouveaux commencements.
- L’exposition est organisée par Elisabeth Jobin, avec le concours scientifique de Zoé Touzanne







