2022

Le MAMCO propose, par un récit se déroulant sur une temporalité assez courte (de la décennie 1960 à nos jours), de redonner une syntaxe historique aux œuvres présentées. A chaque séquence d’expositions correspond ainsi une problématique ou une question théorique que le musée, en tant que laboratoire d’écriture collective de l’histoire, s’attache à explorer et dont il présente au public l’état de sa recherche. Le MAMCO Journal entend restituer les sujets de réflexion que nous nous sommes donnés, les concepts élaborés lors de la préparation des expositions et les résultats présentés (ou non) au public. Il est édité semestriellement et est disponible ici en format numérique. Pour le recevoir à votre domicile, contactez chloe.gouedard(at)mamco.ch.

2022

Avec le choix d’un projet architectural ambitieux pour sa rénovation, le MAMCO aborde une nouvelle phase de son développement. Pendant les années qui nous séparent encore des travaux, nous entendons ainsi mener plusieurs initiatives de préfiguration des fonctionnalités qui font aujourd’hui défaut au bâtiment et au musée : lieu de convivialité, espace de médiation et exposition d’œuvres de grand format et en accès libre. 

Nous mènerons également une réflexion collective sur les débats qui animent aujourd’hui le domaine muséal, dont les missions fondamentales subissent la pression conjointe de politiques d’instrumentalisation sociale, de modèles issus de l’industrie culturelle et de futurologues qui veulent voir dans les outils de digitalisation la panacée à tous les défis qui l’attendent. 

Mais, nous voulons surtout en profiter pour affirmer que le MAMCO peut devenir, dans la perspective de ce nouveau bâtiment, un musée d’art contemporain et moderne. Il ne s’agit en effet plus tant de montrer ce que le contemporain doit à la période moderne, que de souligner ce que le moderne peut nous apprendre sur le contemporain. 

Il faut se souvenir qu’avant d’être une structure patrimoniale se débattant avec des figures du divertissement ou (selon la tentative avortée de redéfinition de l’ICOM en 2019) un instrument de « démocratisation inclusif et polyphonique », le musée est un lieu de recherche. En ce sens, il a plus à voir avec l’université ou le laboratoire que le domaine des loisirs ou du tourisme – n’était-ce qu’il présente ses réflexions aux publics sans discrimination académique ni vulgarisation. Et, plutôt que de proposer des interactions ou des formes de participation sur le mode de la simulation, il entend promouvoir une forme « d’actionnalité » (agency) du visiteur, en livrant non seulement les résultats mais également le contexte de sa recherche, en toute transparence de ses outils.

L’histoire a deux ennemis : l’amnésie (et son bras armé politique, le populisme) et le fétichisme du passé. Car l’histoire permet de faire émerger des récits qui rendent les simplifications du marché aussi bien que l’édification d’un canon intenables. C’est précisément à l’écriture de tels récits que nous entendons contribuer. Ceux de cette saison partent de deux points différents et se rencontrent autour d’un motif structurant pour le modernisme, comme le soulignait Rosalind Krauss en 1979 : la grille. 

D’un côté, avec la rétrospective consacrée à Verena Loewensberg, mais aussi au projet consacré à Geraldo de Barros, l’on suit la façon dont un vocabulaire moderne, établi au début du 20e siècle, postule la création d’un langage universel, à l’instar de la science ou de la musique, et qui peut s’appliquer à tous les domaines de la création. 

De l’autre, avec les expositions consacrées à Jackie Winsor et Jo Baer, comme beaucoup d’autres « artistes femmes travaillant avec la géométrie et la répétition », ainsi que le formule Lucy Lippard, l’on observe comment, dans le moment post-minimal des années 1960, elles « arrivent à leurs propres pratiques en utilisant un cadre orthonormé pour mieux le contredire ». 

Cette convergence autour d’un système de coordonnées géométriques, dont la constitution remonte aux principes de rationalité de la culture occidentale, est le point à partir duquel se construisent des basculements, des libérations, des éclatements ou des divergences – soit ce qui nous apparait comme une bonne définition des pratiques artistiques de notre temps. Et l’exploration et la contestation de ce motif par des artistes devraient nous inviter à en faire de même pour l’ensemble de ses domaines d’application et de ses apparitions sous forme de graphes, de tableaux et de programmations qui continuent à s’imposer comme des faits plutôt que des systèmes interprétatifs.


LE MAMCO TIENT À REMERCIER SES PARTENAIRES
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